Cinquante ans de CFBM

Créé en 1957,  le Club Français du Bullmastiff et du Mastiff a plus de 50 ans. La première Nationale d’élevage a eu lieu à Saint Martin le Redon en 1977.
 

Un peu d’historique du Club
Créé en 1957, le Club Français s’est appelé d’abord Club Français du Bullmastiff. Les premiers spécimens de cette race à être inscrits au LOF, l’avaient été en 1948. A vrai dire, il y avait bien eu, des archives en font foi, des Mastiffs, ou plutôt devrait-on dire, des chiens de ce type importés en France dès le Moyen-Âge, puis des « genre Bullmastiffs » au XIX siècle et au début du XXème mais sans inscription au Livre Généalogique. Les premiers Bullmastiffs provenant de Grande-Bretagne, à être inscrits au LOF furent Beauty Billy Of Tamara et Bellita Of Beville. Ils furent introduits en France par Madame Langlais, élevage des Récollets du Lude.
Les premiers  spécimens de Mastiffs apparurent plus tardivement en 1970. Le premier d’entre eux à être inscrit, Samson Of Shute, fut importé par Monsieur et Madame Boiret, élevage du Castel du Bouysset. Le Club devint alors le Club Français du Bullmastiff et du Mastiff
Figurez-vous qu’à cette époque, en France, on ne distinguait pas plus que cela les Mastiffs des Bullmastiffs et « qu’il arrivait que les gros fussent classés dans les Mastiffs et vice versa », comme le rappelait Raymond Triquet qui a été membre du comité du CFBM, « Au fil des ans et grâce à la ténacité des responsables et des éleveurs éclairés (et qui avaient appris à traverser le Channel), les deux races progressèrent en France et surtout furent convenablement distinguées. Nous ne sommes plus au temps où Monsieur Philippe, Président du Club, qui demandait au cours d’une réunion à la SCC que l’on cessât de confondre Mastiff et Bullmastiff, s’attira cette réponse définitive, en forme de question, « mais y a t’il une telle différence? »

 


Les Nationales d’Elevage
En 1977, le Club Français du Bullmastiff et du Mastiff, organisait, sous l'impulsion de son Président Jacques Sénécat, sa première Nationale d'Elevage, avec un test de caractère.
Les premières nationales avaient lieu tous les deux ans et réunissaient une cinquantaine de sujets des deux races. 
Depuis 1985, ces manifestations ont lieu annuellement. En 1987 à Tigneu, la participation à la Nationale d’élevage frôlait la centaine de sujets engagés, en 1994, il y en avait 139 à Autun. Depuis plusieurs années, quelque chose comme deux cents Mastiffs et Bullmastiffs convergent vers Montagny les Beaune, un charmant petit village bourguignon, le second week-end de septembre.
Cette participation, importante au regard de notre nombre de naissances (entre 400 et 500 par an pour les deux races), nous semble intéressante pour visualiser notre cheptel. Notre Nationale est la plus forte concentration de ces deux races sur le continent européen et les meilleurs éleveurs d’Europe et même d’au-delà, y viennent régulièrement soit en exposants, soit en visiteurs. Des exposants ou visiteurs russes, danois, italiens, espagnols, suisses, hollandais, belges, britanniques, allemands sont des habitués ; néanmoins les chiens et exposants français sont habituellement très largement majoritaires (plus de 85%). Nous sommes très heureux de cette participation internationale et de ce succès auprès des étrangers, mais nous ne souhaitons pas que cette Nationale devienne essentiellement internationale, d’autant que nous organisons depuis 2004, à l’occasion du CACIB de Metz, une rencontre internationale avec séminaire et dîner-débat pour permettre un échange entre éleveurs et amateurs de tous pays.

Rôle de la Nationale dans le pilotage d’un Club de Race
La Nationale est un moment crucial pour le Club de Race. Le difficile est d’arriver à concilier : la sélection des chiens et tout l’administratif qui l’accompagne avec l’accueil personnalisé des exposants. L’ambiance et le service qui leur est offert doit leur donner envie de revenir l’année suivante même si leur compagnon à quatre pattes n’a pas obtenu le résultat souhaité. La Nationale se doit d’être aussi un lieu d’échange pour tous, éleveurs ou particuliers. C’est aussi là qu’un Comité rencontre les adhérents qui lui ont confié la gestion du Club. Pas facile de gérer tout cela !
Et puis, il y a les inévitables pépins sans lesquels une Nationale d’Elevage n’en serait pas une : numéros oubliés dans la dotation, récompenses restées en rade dans un dépôt et arrivées après l’exposition, catalogue à modifier à la dernière minute ; chaque année ou presque apporte son lot d’émotions de dernière heure.
Le TAN est l’occasion de tester les difficultés que peuvent rencontrer les propriétaires à tenir en laisse un gros chien au milieu de ses congénères, de la foule et du bruit. Le samedi, parallèlement aux tests de caractère, nous proposons aux propriétaires de Mastiffs et de Bullmastiffs des ateliers éducation et présentation en exposition. Françoise Tromas qui a une grande expérience de l’éducation et de la psychologie canine, met sa compétence depuis des années au service des exposants à la Nationale. Cette activité est très appréciée.

Visualisation du Cheptel
Nous considérons comme normal que nos races soient relativement hétérogènes dès lors que cette hétérogénéité ne consiste pas en un éloignement du standard. Lors d’une conférence qu’il avait faite à Metz, le Professeur Denis avait dit qu’une race ne doit pas ressembler à une lignée consanguine. Si pouvoir reconnaître un sujet comme provenant d’un élevage donné montre que l’éleveur concerné a un programme d’élevage, il nous apparaît clairement que ceci n’est pas forcément souhaitable pour l’ensemble de la race. On en arrive ainsi souvent à confondre le standard avec le type de chien à la mode, et c’est ainsi qu’on perd la variabilité génétique dans la race. Pourquoi ? Parce qu’une grande ressemblance entre les sujets implique nécessairement un taux de consanguinité élevé et dans des races comme les nôtres à effectifs relativement modestes, cela ne nous apparaît pas souhaitable. Un de nos regrettés « grands juges », Jean Janicot, à qui une longue carrière avait donné du recul, disait que pour un même standard, les races se modifiaient au fil des ans sans qu’on y prenne garde. C’est ainsi que pour le Bullmastiff, à la même époque, c’est-à-dire les années 60 à 80, les Britanniques sélectionnaient souvent un type de chien s’éloignant du standard, avec un nez très (trop) court et un prognathisme souvent exagéré, pendant que les Français, se focalisant sur une absence de prognathisme sélectionnaient des nez longs et étroits tout aussi éloignés du standard. Un chien d’un grand élevage britannique, Bullstaff Festival, importé en France dans le début des années 70 et lui correspondant bien au standard, aida à remettre les choses en place. Mais, il eut du mal à s’imposer en France au début, passant de l’Excellent au Bon.
L’importance de la participation permet non seulement de sélectionner un grand nombre de sujets qui pourront, s’ils remplissent les conditions, accéder à la grille de sélection, mais aussi de voir les géniteurs de ces chiens, collatéraux ou produits. C’est essentiel.

Qu’est ce qu’une Nationale d’élevage au CFBM ?
Pour la Nationale, nous faisons appel à un jury international, généralement deux juges étrangers spécialistes (très souvent britanniques, pays d’origine de nos races) et deux juges français. Il semble que la majorité des exposants apprécient cette diversité des juges. Nous convions souvent dans ce jury, les juges récemment nommés à qui nous confions les petites classes, les seniors et les champions. Cela leur permet des échanges fructueux dans le ring d’honneur avec leurs collègues plus aguerris dans nos races.
Les chiens sont sélectionnés et qualifiés le matin. Chaque juge classe mentalement les chiens pour chaque classe qu’il juge, mais n’annonce pas le résultat. Les chiens sélectionnés, dont le nombre est à la totale appréciation du juge, sont convoqués l’après-midi sur le ring d’honneur pour les classements et l’attribution des CACS et titres.
Nous souhaitons qu’un grand nombre de chiens soient sélectionnés, puissent entrer dans la grille de cotation et reproduire, toujours avec l’idée de garder un maximum de diversité génétique dans la race. Nous avons fait l’expérience des dégâts que peut faire un champion « étalon mitraillette », s’il est génétiquement porteur de caractéristiques indésirables dans la race, et pensons qu’il n’est pas bon que le champion de l’année fasse un trop grand nombre de saillies, alors que d’autres sujets peuvent être génétiquement parlant tout aussi intéressants pour la reproduction.

Depuis 1996, la Nationale a lieu à Montagny les Beaune, généralement le second week-end de septembre. Le Club est accueilli et aidé par la dynamique municipalité et les non moins dynamiques associations locales qui gèrent un énorme travail d’intendance : organisation du terrain, buvette et restauration. Sans l’aide de tous ces bénévoles, Robert Sellier, Maire et Annie Tissier, Présidente du comité des fêtes en tête, notre Nationale ne serait pas ce qu’elle est. C’est avec un véritable bonheur que nous retrouvons chaque septembre ceux qui au fil des années sont devenus des amis.
C’est avec beaucoup de plaisir que nous accueillons également les juges de nos races, ou ceux qui désirent les juger, venus en visiteurs. L’occasion est unique de voir autant de spécimens de nos races.

Le cru 2007 année du cinquantenaire
2O4 chiens étaient inscrits et pour la première fois en nationale, les Mastiffs damaient le pion aux Bullmastiffs, avec un chiffre de 104 inscrits, supérieur au nombre d’inscrits à Crufts de cette année.
Les juges étaient Karina Le Mare, très appréciée en Grande-Bretagne pour les Bullmastiffs, Glynn Payne, un « nom » du Mastiff britannique, Gérard Cassaghi et Raymond Soulat, tous deux bien connus des exposants français.
Raymond Soulat, en charge des mâles Bullmastiffs était visiblement à l’unisson avec Karina Le Mare qui jugeait les femelles. Leurs meilleurs étaient de type très similaires. Gérard Cassaghi dont nous apprécions la compétence avait choisi modestement de « ne » juger que les petites classes, et les seniors. Nous lui avons en outre attribué les classes champions Mastiffs et il a eu à départager des chiens très connus sur un plan international.
Glynn Payne éleveur de la race, indiquait clairement ses préférences en matière de type, mais n’oubliait pas le standard, les constructions et les allures dans ses choix. Ses commentaires très détaillés, ce qui est inhabituel pour un britannique peu habitué à ce genre d’exercice, ont permis aux exposants de comprendre ses qualificatifs et classements.
La tache était rude pour notre jury car les meilleurs chiens du moment en provenance de toute l’Europe et de Russie, étaient là. Mais, tous les juges vous diront qu’il est beaucoup plus facile de départager des sujets de haut niveau. Les jugements se sont déroulés dans une excellente ambiance très sportive et ont semblé être appréciés par tous.

Juste un dernier mot avant de conclure, chacun connaît l’humour britannique ; nos juges d’outre-manche étaient choqués de voir que des exposants « distraits », ou « bien étourdis » avaient oubliés ici et là les crottes de leurs chiens et ce, dès le samedi. Il paraît qu’au Royaume-Uni, on peut se voir bannir d’exposition un moment pour de « semblables méfaits ». Nous avons en France des progrès à faire en ce domaine, d’autant qu’à la Nationale des sacs à cet usage étaient distribués à chaque exposant.

Ce fut un beau cinquantenaire et nous avons tout simplement envie de dire merci ! Merci à tous, car une Nationale réussie est le fruit d’un travail d’équipe et cette année, c’était une sacrée et grande équipe. Sans tout ce bénévolat qui est une richesse de notre Cynophilie, rien n’aurait été à ce niveau. Oui, merci aux éleveurs qui ont fait engager massivement, aux exposants qui ont été sportifs, aux juges présents qui ont aidé plus que nécessaire, ils se reconnaîtront, merci à notre jury bien évidemment et nos testeurs, merci à Françoise Tromas pour ses conseils d’éducation, Christophe Hermeline pour ses magnifiques photos, merci aux adhérents qui ont aidé à transporter des coupes, des tables, et même à mettre et débarrasser le couvert pour le dîner, un grand moment aussi. N’oublions pas le tirage de la tombola au profit de la commission SOS du Club qui a permis aux exposants de prendre patience en attendant la fin des sélections, certains talents d’animateurs se sont révélés pour le plus grand plaisir du public improvisé !
La sélection du beau et bon chien n’interdit pas la bonne humeur, ni de passer un bon moment.

Anne-Marie Class